Pep Vidal est un scientifique, pour être précis un mathématicien avec un doctorat en physique, mais il est aussi un artiste. Selon lui, le monde de la science et celui de l'art ne sont pas si différents. Dans les deux cas, l'approbation et le soutien d'autres professionnels font la différence entre un travail personnel avec du potentiel et un chef-d'œuvre, une découverte qui est considérée comme une véritable rupture.  Mais bien sûr, c'est l'art qui "permet l'expression la plus sincère de nos sentiments". C'est pourquoi les dessins laborieux de Vidal sont bien plus que des représentations stériles de schémas mathématiques.  Son étude est à la fois une recherche scientifique qui dépasse l'examen des laboratoires les plus exigeants et une investigation artistique qui capte des phénomènes volatils et insaisissables au moyen de l'encre et du papier.

 

Dans les œuvres de Vidal, les changements infinitésimaux qui se produisent constamment autour de nous se manifestent clairement. On ne voit pas le sable couler imperceptiblement sur le flanc d'une dune jusqu'à ce qu'il cède et entraîne le reste avec elle. On se rend compte que le livre planant sur l'étagère perdait peu à peu son équilibre, pendant longtemps, seulement lorsque le bruit sourd de sa chute nous surprend. Nous concevons le pôle nord magnétique comme un point de référence immuable, alors qu'en réalité il se déplace vers le nord-ouest à une vitesse moyenne de 41 km par an. L'une des missions artistiques de Vidal consiste à poursuivre inlassablement le pôle nord, à s'interroger sur le sens que nous lui attribuons.  Dans ses dessins, de minuscules traits nets convergent sur la feuille et révèlent les mouvements microscopiques auxquels la matière est soumise. Les ondes électromagnétiques, les mouvements de particules, les structures fractales et les forces qui régulent les systèmes dont nous faisons inconsciemment partie prennent forme et acquièrent un sens.  Son projet le plus récent a conduit Vidal à relever le défi technique et intellectuel jamais entrepris auparavant de mesurer et de tracer la forme d'un nuage depuis le moment où il se matérialise jusqu'à celui où il disparaît. Le résultat est une reconstruction 3D du nuage réalisée par photogrammétrie, et des illustrations de l'expérience d'une simplicité et d'une douceur désarmantes.